Les adeptes du mouvement FIRE (Financial Independence Retire Early) aspirent tous à l’indépendance financière, mais les opinions divergent sur la retraite précoce. Je remarque, particulièrement sur les blogues et dans les podcasts anglophones, qu’on commence à délaisser de plus en plus l’acronyme FIRE au profit de FI. C’est souvent la même histoire. Ces gens n’aiment pas l’idée d’arrêter complètement le travail. Le travail, c’est la santé, disent-ils. Ils préfèrent écarter le concept de retraite précoce. Fair enough. Chacun son cheval de bataille. Je vous ai déjà fait part de mon opinion à ce sujet dans mon article sur l’importance de trouver son pourquoi.

Cela semble inciter ces gens à inventer tout plein de concepts alternatifs. Il y en a à toutes les sauces : Lean FI, Flex FI, Slow FI, Barista FI, Coast FI et j’en passe. En plus de mettre de côté la portion retraite précoce, je remarque que ces concepts ont tous des méthodes plus modérées que le mouvement traditionnel FIRE. 

Parmi ces nombreux concepts, c’est le Coast FI qui a attiré mon attention. Bien que ce ne soit pas mon objectif, quelle ne fut pas ma surprise de réaliser que je serais déjà en position de l’appliquer.

Qu’est-ce que ça mange en hiver

The Fioneers explique le concept comme ceci (ma traduction libre) :

Coast FI, c’est lorsque nos placements deviennent suffisants pour financer une retraite conventionnelle confortable, en n’y touchant pas d’ici là.

Atteindre Coast FI, cela veut dire qu’on a seulement besoin de couvrir le coût de la vie jusqu’à la retraite.

J’en comprends donc qu’atteindre Coast Fi, ça implique de ne plus toucher à ses placements et de laisser l’intérêt composé faire sa magie. En attendant, nul besoin d’épargner un sou.

On a donc besoin d’un revenu uniquement pour couvrir ses dépenses. Plus jamais besoin de mettre d’argent de côté pour la retraite, car c’est déjà réglé. Certainement pas besoin d’un régime de retraite à prestations déterminées. Assez spécial, n’est-ce pas?

Il faut donc déjà avoir accumulé une certaine somme, pour ensuite la laisser fructifier et ne plus y retoucher jusqu’à la retraite conventionnelle.

Le calcul

Voyons voir si c’est réaliste avec mes chiffres actuels. Il faut d’abord déterminer combien j’aurais besoin en placements à mes 65 ans, soit en 2056. Nous avons besoin de plusieurs éléments pour faire ce calcul.

Premièrement, je dois prévoir mes dépenses annuelles de retraite en dollar de 2020. En théorie, je vise autour de 15 000 $.

Deuxièmement, je dois tenir compte de l’inflation. Le 15 000 $ que je dépenserais actuellement n’aurait pas le même pouvoir d’achat en 2056. La Banque du Canada vise à maintenir l’inflation à 2 %. Je prendrai donc 2 % pour faire mes projections. Un calcul rapide via le simulateur de SmartAsset m’informe que l’équivalent de mes dépenses annuelles en dollar de 2056 serait de 30 598 $.

Troisièmement, nous utiliserons la règle du 4 % (25 fois les dépenses annuelles), afin d’obtenir le montant nécessaire en placements pour couvrir mes dépenses annuelles en 2056 :

30 598 * 25 = 764 950 $

J’aurai donc besoin de 764 950 $ en placements à 65 ans pour couvrir mes dépenses annuelles de retraite.

Maintenant que l’on connaît l’objectif, il faut considérer mes placements actuels et voir si ceux-ci apprécieront suffisamment d’ici 2056 pour couvrir mes dépenses futures.

En date du jour, j’ai 120 000 $ en placements. Si j’appliquais vraiment Coast Fi, alors je quitterais mon emploi actuel et je transférerais les droits de mon RRPD dans un CRI. J’estime une valeur conservatrice à 24 000 $ en date du jour. On parle donc de placements totaux de 144 000 $.

Pour mes projections, j’utiliserai un rendement hypothétique de 6 % jusqu’en 2056, soit pendant 36 ans.

Considérant tout ceci, est-ce que je peux appliquer Coast FI jusqu’à mes 65 ans et ne plus jamais mettre un dollar en épargne d’ici là?

Le résultat

Avec l’aide du calculateur d’intérêts composés en ligne de Gérez mieux votre argent, j’obtiens :

Hallucinant, n’est-ce pas ? La magie de l’intérêt composé à l’œuvre. Voici l’exemple même de l’importance d’épargner massivement le plus tôt possible et de laisser l’argent travailler par la suite.

J’aurais donc 1 173 204 $ en placements à 65 ans, ce qui est largement suffisant pour ma retraite, et ce, sans même considérer le RRQ et la PSV.

De plus, ces calculs sont basés sur un rendement hypothétique de 6 %. Imaginez si les rendements étaient supérieurs. Considérant que mes placements sont presque uniquement composés d’actions, il serait réaliste d’espérer plus que 6 %.

Alors, juste pour le fun, calculons 7 %.

8%?

Et ce, sans même ajouter un seul dollar de plus à mes placements d’ici l’âge de 65 ans! L’intérêt composé est vraiment la huitième merveille du monde. 🙂

Encore mieux!

Vous aurez sûrement remarqué que même avec des projections conservatrices à 6 %, je dépasse largement le 764 950 $ nécessaire à 65 ans. Cela laisse entendre que j’aurai une retraite garantie même avant l’âge conventionnel de la retraite. J’ai entré toutes les informations nécessaires dans une feuille de calcul pour trouver où se trouve réellement le point d’intersection. Voici le résultat :

Le trait bleu représente les placements nécessaires pour couvrir mes dépenses, qui augmentent selon l’inflation (2 %). Le trait rouge représente mes placements qui fructifient selon un rendement hypothétique (6 %).

Ce graphique démontre que le point d’intersection se situe à 54 ans. Ainsi, avec mes placements tels qu’ils le sont présentement, et sans épargner un dollar de plus d’ici là, je pourrais prendre ma retraite à 54 ans, soit dans 25 ans

En effet, mes dépenses annuelles de 15 000 $, ajustés à l’inflation (2 %) sur 25 ans représenteront 24 609 $ en 2045. On multiplie ces dépenses par 25 et on obtient donc 615 225 $ en placements nécessaires pour la retraite. Calculons ensuite mes 144 000 $ de placements actuels sur 25 ans à 6 % de rendement :

Voilà! Mes placements auront ainsi suffisamment fructifié pour que des retraits de 4 % couvrent entièrement mes dépenses à 54 ans.

Toujours aussi incroyable ce qu’épargner jeune peut faire. 🙂

Encore une fois, c’est selon un rendement de 6 %. Si on projetait 7 % ou 8 %, la retraite se rapproche encore plus!

En revanche, je trouve désolant de penser que plusieurs dépensent à tout vent et passent à côté des meilleures années de leur vie pour investir. Ils tournent le dos à la magie de l’intérêt composé et cumulent un retard qui ne pourra jamais être rattrapé, malheureusement.

Coast FI atteint! On fait quoi en attendant?

Alors, voilà, les chiffres ne mentent pas. Je peux officiellement dire que j’ai atteint Coast FI. Ma retraite à 54 ans est déjà assurée par mes placements actuels. Ça, c’est sans même prendre en considération la RRQ que je pourrais commencer à prendre seulement 6 ans plus tard!

Je pourrais ainsi ne plus jamais épargner un dollar de plus pour la retraite et travailler le minimum nécessaire pour couvrir mes dépenses jusqu’à ma retraite. Vous comprenez qu’avec des dépenses annuelles de 15 000 $, ce ne serait pas terriblement difficile à couvrir.

Imaginez donc le scénario : je n’aurais pas à travailler à temps plein, ou toute l’année. Je pourrais travailler par-ci, par-là et profiter de la vie le reste du temps. Je pourrais être nomade numérique et travailler un peu en ligne, d’un autre pays, quand je le veux.

Je serais même considérée sous le seuil de la pauvreté aux yeux du fisc et j’irais chercher le maximum de remboursement du crédit pour la TPS/TVH et du crédit d’impôt pour solidarité. La fiscalité canadienne à son meilleur! 😉

Également, je n’aurais aucun intérêt à choisir un employeur en faveur d’un autre à cause d’un régime de retraite plus avantageux, car je n’aurais aucunement besoin d’un régime de retraite.

Bien qu’alléchant comme vision, ce n’est cependant pas mon objectif. J’aspire à atteindre le FIRE conventionnel. Je veux ne plus jamais avoir à dépendre du salaire d’un employeur pour subvenir à mes besoins. Je veux être complètement autonome. Et si je décide, par la suite, de travailler quand même? Eh bien, ce sera pour mon bon plaisir. Parce que ça me tente.

Apprécions le chemin parcouru

J’en reviens un peu à la même conclusion que mon billet précédent.

Parfois la ligne d’arrivée peut nous paraître bien lointaine. On met tout plein de stratégies en place et une fois la machine bien huilée, eh bien, il ne reste qu’à attendre. On a l’impression que ça ne va pas assez vite. Cependant, je trouve particulièrement gratifiant de s’arrêter un peu et d’apprécier où on est rendu dans le processus. Après tout, ce n’est pas la destination qui compte, mais le chemin parcouru. C’est ce qu’ils disent!

Ainsi, de faire ce petit exercice m’a vraiment permis de jeter un nouveau regard sur mon parcours. J’en ai déjà beaucoup accompli. FIRE n’est pas atteint, mais ça commence à sentir la liberté, vous trouvez-pas? 

Peu importe ce qui arrive, j’ai déjà une retraite assurée. Tout ce que j’ajoute à mes placements à partir de maintenant ne fait que rapprocher la date de retraite. Il ne reste plus qu’à passer de 54 à 35 ans maintenant. 🙂

Et vous, avez-vous atteint Coast FI? Faites le calcul, vous pourriez rester surpris! Et n’hésitez pas à laisser un commentaire. 🙂